Revenir pour quelques instants sur la journée du 22
septembre...
Rentrée parlementaire de l'UMP, à Nancy les 22 et 23 septembre.
Près de 1000 députés, sénateurs, gouvernement au grand complet et élus
locaux. Une vingtaine d'hôtels, des centaines de journalistes. Le parc
de la Pépinière interdit au public, afin de permettre à nos hommes de
droite de picniquer tranquille. Le quartier autour du Palais des Congrès
totalement bouclé. Nancy en quasi état de siège.
Une coordination se met en place : "La Rue qui gouverne".
Associations
de chômeurs, syndicats, coordinations d'artistes intermittents,
altermondialistes, la liste des mécontents est longue!
Toute la journée du 22, des forums citoyens se déroulent Place Maginot.
Point d'orgue de la journée, la manif, départ Place Stanislas, 17 h 30.
2000 participants, selon la police. Donc certainement plus...
Défilé bon enfant, festif malgré toutes les épées de Damoclès qui nous
menacent...
Retour Place Stan, vers 19 h...
À 20 heures, les derniers manifestants s'apprêtent à rentrer chez eux.
Il en reste une centaine sur la Place.
Plus de sono. Plus de banderoles.
Plus de caméra de télé.
Plus que quelques individus. Et des chansons...
À 20 heures, un rang serré d'hommes de l'Ordre se met en place. Casques,
matraques et boucliers. Prêts au combat.
À 20 heures et une poignée de secondes, la charge policière se met en
branle.
Serre les manifestants contre le Foy et le Commerce, les deux
célèbres
bistrots de Stanislas.
Menaces, insultes.
De loin, des fenêtres de l'hôtel de la Reine, les UMP-en-costumes,
massés aux balcons, regardent la Rue qui se fait tabasser, sourire
goguenard au coin des lèvres. Les forces de l'Ordre sont là pour les
protéger.
Une chaise vole.
Il n'en fallait pas plus.
Les matraques s'élèvent.
Les uns s'enfuient.
Les autres se prennent des coups.
Deux d'entre nous sont arrêtés, traînés sur l'asphalte, menottés,
conduits au poste pour une nuit de garde à vue.
Heureusement, mardi, visite de notre ministre de l'intérieur, au
commissariat central du boulevard Lobau.
Les deux dangereux terroristes sont libérés à midi.
Petit retour en arrière. Lundi 22, fin d'après-midi, visite de notre
ministre de la Culture, à l'Arsenal de Metz.
Une centaine d'intermittents du spectacle et d'archéologues sont
également chargés sans ménagement par les CRS, gaz lacrymo, matraques et
arrestations.
Et pendant ce temps-là, le Président Chirac nous parle de dialogue et
d'exception culturelle.
Il y a un peu plus d'un an, nous avions tous jeté dans l'urne un
bulletin Chirac. Naïvement, nous avions cru, par ce geste ultime,
élever
un rempart citoyen pour protéger notre démocratie.
Aujourd'hui, cheminots, électriciens, profs, artistes, chômeurs,
RMIstes, licenciés par paquets de 1000... tous, nous nous sentons
humiliés par ces hommes que bien malgré nous et sans illusions, nous
avons élus.
Humiliés. Indignés. Blessés. Méprisés. Bafoués. Abandonnés.
Trahis.
Colère. Tristesse.
Jusqu'à quand?
Benoît Fourchard
Auteur, metteur en scène, comédien.